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15/01/2011

Monnaie, servitude et liberté : la répression monétaire de l’Afrique ( Tchundjang Pouemi)

Monnaie, servitude et liberté : la répression monétaire de l’Afrique



* Afrique
* Monnaie
* Tchundjang Pouemi

Je viens de terminer un livre remarquable, découvert tout à fait par hasard, l’un des plus enrichissant qu’il m’ait été donné de lire sur la monnaie et l’impact qu’a son fonctionnement sur la société humaine. Est-ce parce qu’il vient après un certain nombre de lectures diverses qui m’ont permis d’acquérir les connaissances élémentaires suffisantes, que je suis en mesure d’en apprécier aussi intensément le contenu, ou cela est-il du à une caractéristique particulière de cet ouvrage ? Je ne le saurai jamais, mais qu’importe : "Monnaie, servitude et liberté" de Joseph Tchundjang Pouemi, économiste Camerounais, disciple de Maurice Allais, est, selon moi, une œuvre majeure qui mérite d’être largement diffusée. Bien que sous-titrée "La répression monétaire de l’Afrique" et écrite il y a exactement 33 ans, le propos reste universel et intemporel. Quiconque s’intéresse à l’économie et fait sienne cette citation de Jacques Rueff proposée en couverture : "Le destin de l’homme se joue sur la monnaie", doit lire d’urgence "Monnaie, servitude et liberté"

A travers la dénonciation lucide et argumentée de la dictature monétaire exercée envers l’Afrique – forme pervertie de la colonisation qui ne veut pas dire son nom – par le monde occidental et ses organisations, FMI en tête, Joseph Tchundjang Pouemi nous offre une leçon de macroéconomie et d’économie monétaire. Il nous alerte : « Aujourd’hui, faute d’accorder aux questions monétaires l’attention qu’elles méritent, l’Afrique inflige à ses enfants, et plus encore à ceux qui ne sont pas encore nés des souffrances tout à fait gratuites. ».

Les problèmes soulevés concernent en premier lieu l’Afrique, mais ils nous concernent aussi, à la fois parce que nous en sommes, par l’intermédiaire de nos dirigeants, d’une certaine manière les responsables, mais également parfois les victimes. Le grand mérite de l’auteur est de dévoiler de manière tout à fait compréhensible pour le profane, le fonctionnement réel de la monnaie – qu’il définit comme « une créance à vue sur le système bancaire » – et de montrer comment, la méconnaissance de ce fonctionnement, y compris chez les experts, est un frein puissant au développement de l’Afrique où l’ « on croit ou on fait croire que la banque prête de l’argent qu’elle a ou quelle importe d’ailleurs, ou qu’elle collecte d’on ne sait où (…) »

Joseph Tchundjang Pouemi nous explique la monnaie, « bien vide » dont la création précède la production et qui se transforme en revenu, en « bien remplit ». Il nous donne sa conception du rôle de la banque centrale qui doit être indépendante « au sein du gouvernement et non à l’égard du gouvernement. ». Il nous parle aussi de ce qu’il appelle les techniques répressives comme l’autofinancement et il dénonce les discriminations dans l’allocation du crédit– « autre nom de la monnaie » – ou le mythe des théories du sous-développement. Il analyse le rôle des taux d’intérêts, et notamment le taux d’intérêt du marché monétaire qui est « un thermomètre qui permet de voir dans quelle mesure l’économie est convenablement alimentée en monnaie ». Il explique pourquoi l’inflation mondiale « c’est essentiellement (…)le refus par monnaie interposée d’un changement inéluctable (…) »

Ce ne sont que quelques exemples choisis arbitrairement parmi la multitude des concepts abordés et illustrés au travers de l’étude pratique et chiffrée de la situation économique d’un certain nombre de pays Africains comme le Mali ou la Côte d’Ivoire. Dans tous les cas, la même conclusion s’impose, clairement exprimée ici par Kovalin Tchibinda : "le Franc CFA est en fait un instrument de la permanence de la colonisation française en Afrique". Comme le dit Tchundjang Pouemi : «La France est, en effet, le seul pays au monde à avoir réussi l’extraordinaire exploit de faire circuler sa monnaie, et rien que sa monnaie dans des pays politiquement libres ». Et bien que trente ans se soient écoulés, la situation de dépendance de l’Afrique demeure, comme on peut le constater ici.

La richesse de l’ouvrage est telle qu’en faire un résumé ne ferait qu’amoindrir la portée du propos. J’aurai l’occasion de revenir sur les nombreux thèmes traités, à travers des billets séparés où j’essayerai, notamment, d’éclaircir certains passages qui m’ont éventuellement posé quelques difficultés de compréhension.

Pour conclure, je laisse la parole à Joseph Tchundjang Pouemi qui, au début du livre, écrit : « Il convient qu’en Afrique la monnaie cesse d’être le territoire du tout petit nombre de "spécialistes" qui jouent aux magiciens (…) »
Pas qu’en Afrique, Monsieur Tchundjang Pouemi, pas qu’en Afrique …!!!

UN AUTEUR INDEPENDANT.

14:31 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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