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11/04/2011

Jean Paul Ayina. Une analyse des interventions armées étrangères actuelles en Afrique.



Après plusieurs mois de diplomatie de la canonnière (Gun-boat diplomacy), et de stratégie de l’asphyxie d’une certaine Communauté Internationale contre le régime du Président Laurent Gbagbo, les forces d’agression et d’occupation de la France (La Licorne) et de l’ONUCI sont donc entrées en action en Côte d’Ivoire, pour aider les forces de M. Alassane Ouattara à déloger le Président Laurent Gbagbo du Palais présidentiel, et installer au pouvoir par la force des armes (démocratie oblige !), "le Président reconnu par la Communauté Internationale", alors que l’institution nationale de ce pays, chargée d’arrêter en dernier ressort, les résultats de ladite élection, a proclamé le Président Laurent Gbagbo vainqueur !

I- Le plus grand mensonge international du début du 21e siècle, et la mémoire de l’Histoire.
L’Histoire a enregistré le plus grand mensonge international de ce début du 21e siècle, à savoir : la possession des armes de destruction massive par l’Irak de Saddam Hussein qui a servi de prétexte à une certaine Communauté Internationale constituée de quelques pays de l’Occident, de détruire ce pays, de tuer sauvagement ses populations innocentes, d’assassiner cruellement Saddam Hussein et de décimer sa famille, à la barbe du Conseil de Sécurité des Nations-Unies aujourd’hui très actif pour adopter des résolutions pour "la protection des populations civiles" en Afrique, alors qu’il était incapable de prendre quelque action que ce soit contre cette agression perpétrée à l’encontre d’un pays souverain ! L’Histoire a enregistré que les mobiles de cette barbarie de certains pays de l’Occident contre l’Irak, étaient entre autres, de se débarrasser de Saddam Hussein, d’instaurer "la démocratie" (selon leur perception) dans le Grand Moyen-Orient, de s’assurer, voire, de sécuriser l’approvisionnement du pétrole de l’Irak et de l’ensemble du Moyen-Orient et, surtout, de détruire l’Irak pour, ensuite, se tailler les parts de marché pour sa reconstruction, dans la logique de la destruction–reconstruction.

II- Les interventions armées actuelles de l’Occident en Afrique et la théorie de la destruction – reconstruction dans le cadre de la lutte pour un nouvel équilibre mondial.
Maintenant, c’est l’intervention armée de quelques pays d’un Occident Conservateur (qui se croit encore à l’époque de l’esclavage et de la colonisation), contre des régimes africains récalcitrants et insoumis. Le prétexte ici, pour ces pays de l’Occident, c’est la protection des populations civiles contre les exactions des régimes autoritaires, et l’instauration de la démocratie, conformément à leur perception de celle-ci. Cependant, quand on sait que les actions des Etats dans les relations internationales sont motivées prioritairement par les intérêts multiformes, nous inclinons à penser, que les raisons profondes de cet Occident Conservateur sont ailleurs. Elles sont économico-stratégiques et obéissent à la théorie de la destruction – reconstitution qui consiste à détruire les pays du Sud, pour ensuite revenir en "sapeur pompier" pour les reconstruire, en se taillant les parts de marché, pour le bonheur des entrepreneurs, des entreprises, des chômeurs, etc. des pays destructeurs ! Lorsqu’on sait que, à l’heure actuelle, les économies de ces pays occidentaux sont essoufflées et stagnantes, à cause de leurs modèles économiques obsolètes, par ce que basés sur l’appauvrissement du plus grand nombre, (actuellement, les PIB respectifs des pays de l’occident atteignent difficilement 3%), lorsqu’on sait que ces pays sont menacés dans leurs positions de domination mondiale dont ils jouissaient jusqu’à une époque récente, au niveau économique et technologique par les grands pays émergents (si hier, on parlait du G7, du G8, aujourd’hui on parle des BRIC+A, du G20, etc.), toutes choses qui témoignent de la réalité d’un monde multipolaire et polycentrique de l’heure, et qui n’arrangent pas cet Occident conservateur, on comprend aisément la logique de destruction–reconstruction qui anime cette Communauté Internationale là. Une sorte d’application de manière pernicieuse, de la théorie de la destruction – créatrice que Joseph Schumpeter préconisait en son temps, en économie, à travers les vertus de l’innovation. Lors de la récente Conférence de Londres sur la Libye post Kadhafi, cette Communauté Internationale là, n’éprouvait aucune honte d’avoir comme l’un des points à l’ordre du jour, les parts de marché pour la reconstruction de la Libye, alors que Kadhafi est encore au pouvoir ! Une façon de se partager déjà la peau de l’ours, avant même de l’avoir tué ! Bien évidemment, cet Occident là sait ce qu’il veut et fera tout pour atteindre son objectif par tous les moyens. C’est la raison pour laquelle il arme et forme les insurgés Libyens même s’ils sont des terroristes, pourvu qu’ils renversent le Colonel Kadhafi.

III- La démocratie ne doit pas être imposée de l’extérieur par les armes, elle doit découler d’un processus interne au pays.
Les interventions armées en ce moment, de certains pays de l’Occident n’ont pas pour motivations profondes, la mise en place des systèmes démocratiques dans les pays africains, car la démocratie ne doit pas être imposée de l’extérieur par la force des armes. Si c’est le cas, ce n’est plus la démocratie dans le sens de "gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple". Si, dans le passé, certaines démocraties sont nées à partir des insurrections et de la violence (la Révolution de 1789 en France par exemple), ces insurrections étaient une affaire intérieure au pays, une affaire des peuples eux-mêmes, et non des étrangers ou, d’une quelconque Communauté Internationale. Il y a démocratie, lorsque dans un pays, dans une société, il existe les règles du jeu, un compromis, à travers les institutions acceptées par toutes les parties prenantes de cette société, pour une vie harmonieuse dans la Communauté et pour la gestion des affaires de la cité. C’est la démocratie dans le sens du Contrat Social de J.J Rousseau. Ce qui se passe en Côte d’Ivoire et en Libye, c’est une insurrection criminelle de l’Occident contre ces pays. Car, comment ne pas comprendre que certains dirigeants occidentaux, en mal de popularité dans leurs pays, faute de résoudre les problèmes cruciaux, et de satisfaire aux préoccupations de leurs populations, veulent se faire une popularité en agressant les pays africains ? Comment ne pas comprendre que les jeux, les enjeux, les convoitises et autres mains basses de l’Occident sur les ressources et richesses de l’Afrique et, notamment, du Golfe de Guinée à l’heure de la lutte entre les puissances anciennes et émergentes pour un nouvel équilibre mondial ? Les africains qui se laissent prendre dans ce nouveau piège d’une certaine perception de la démocratie, après le piège des plans d’ajustement structurel, font finalement de l’Afrique, le dindon de la farce.

IV- L’Afrique doit choisir les valeurs africaines pour son émergence,comme l’Asie a choisi les valeurs asiatiques pour la sienne.
L’émergence à laquelle aspirent nombre de pays africains à des horizons divers, ne serait qu’un vœu pieux, si elle n’est pas accompagnée d’une réelle volonté d’indépendance de ces pays vis-à-vis d’un Occident Conservateur. Cette émergence serait un vœu pieux tant que certains dirigeants africains continueront d’être les obligés de l’Occident pour les avoir aidé à se maintenir au pouvoir, tant qu’ils continueront de refuser de mettre en place des monnaies communes et souveraines, pour se constituer les réserves de change dont ils peuvent se servir à leur guise. L’émergence serait un vœu pieux tant qu’ils continueront d’appliquer aveuglement les modèles économiques essoufflés et appauvrissants de l’Occident. Comment oublier que c’est l’Afrique qui, avec ses hommes, a sauvé la France de la deuxième guerre mondiale ? Comment oublier que la France tient son rang de puissance moyenne, dans le concert des Nations, grâce aux ressources pillées de l’Afrique ? Comment oublier, comme le disait Frantz Fanon dans les Damnés de la Terre que l’Occident, et notamment l’Europe, « est littéralement la création du Tiers-Monde, et que les richesses qui l’étouffent sont celles qui ont été volées aux peuples sous-développés » ? A vrai dire, l’émergence des pays africains restera seulement déclamatoire et déclaratoire si les africains ne choisissent pas l’Afrique, s’ils ne choisissent pas les valeurs africaines comme les asiatiques ont choisi les valeurs asiatiques pour leur émergence. Et comme le disait encore un universitaire camerounais « l’Afrique doit choisir l’Afrique ».

Ministre Plénipotentiaire,
Enseignant Associé à l’IRIC et à l’ENAM
Contact : Tél. :
(237) 77 95 08 53
E-mail :
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12:25 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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