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04/05/2011

D'ou vient le gbagboisme et quel espoir ?



J'écris cette note en réponse à celle d'un ami qui a titré sa note comme suit "Le gbagboisme, maladie infantile du mouvement démocratique camerounais". J'essaye d'expliquer les sources de ce gbagboisme et de dépersonnaliser le débat sur la crise ivoirienne.

Patrice, ton analyse est pertinente, je dirai même brillante et je souscris à ce que tu présentes comme étant les dangers du « gbagboisme infantile » sur beaucoup de points. L’émotion improductive que génère non seulement le « gbagboisme » mais aussi le «ouattaraisme » me semble déraisonnée. En tout cas ce serait surprenant qu’il y ait de la raison dans l’émotion. Quand Michael Jackson chantait, ou quand Mohammed Ali combattait contre Georges Foreman, il y avait des gens qui criaient, d’autres qui tombaient évanouie et certains qui observaient, peut pas sans émotion, mais qui gardaient la tête sur les épaules jusqu'à la fin afin d’analyser et en tirer les leçons. C’est ce qui se passe aujourd’hui dans cette affaire Ivoirienne. Je veux revenir sur certaines idées qui me semblent dans ton post.

Ce qui m’a l’air un peu incongrue dans cette affaire ivoirienne, c’est qu’aujourd’hui on une tendance assez facile à faire fi des faits que nous avons tous observés en CI et à avancer rapidement dans la condamnation de Laurent Gbagbo (LG) puisqu’il en est sorti « perdant ». C’est peut-être une réaction instinctive et humaine de remettre les choses en question lorsque tout tourne mal. J’ai même vu certains, après le tremblement de terre de mars au Japon, lorsque le réchauffement des centrales nucléaires menaçait la vie des civils, questionner les décisions du gouvernement japonais sur sa politique nucléaire qui pourtant dans les années 70 étaient louable parce qu’elle devait comble le déficit énergétique de ce pays. Ce nous devons ajouter a la froideur de nos analyses c’est la capacité à évaluer la pertinence des actes selon le contexte dans lesquels ils ont été posés et par la suite d’en tirer les conclusions

Je veux orienter la discussion non pas sur les qualités de démocrate ou de dictateur des acteurs de cette crise mais dans un tout autre sens basé sur des faits postélectoraux qui peuvent être la cause de ce Gbagboisme mal maîtrisé. Je vais supposer que LG a perdu les élections, bien que rien ne le prouve pour moi (rien ne prouve le contraire non plus), même pas la prise de position de l’ONU, ni les félicitations empressées de Barack Obama, ni même celle de l’UE (je ne parle de l’UA, car je ne sais à quoi sert ce « machin ») . Il faut le reconnaître toutes ces prises de position ont été pour la plus part prématurées. Le bon sens aurait voulu que Mr Choi et l’ONUCI dont la prise de position a donné un bon argument d’alignement à la « communauté internationale » joue vraiment se rôle d’arbitrage au moment critique ou la proclamation des résultats commençait à créer la fracture entre les deux parties. Dans un match de tennis lorsqu’un jour n’est pas convaincu d’une décision de l’arbitre il peut faire appel à la vidéo et l’arbitre aussi peut changer de décision après observation de la vidéo. Ces prises de position au moment le moins indiqué, et le refus de relativiser ont été pour moi le déclencheur de ce combat où personne n’entendait jeter l’éponge. La lutte a d’abord été médiatique et je pense que c’est en ce moment la que le Gbagboisme est commencé à naître, et je pense que c’est important de s’en rendre compte. Face à la manipulation exécrable de l’information par la « communauté internationale », LG a opposé une information tout aussi manipulée de la RTI . L’ambiguïté des informations venues des deux sources et passées au crible de leur analyse personnelle a permis à plusieurs de réaliser qu’il y avait une supercherie visiblement orchestrée par la France, ce qui a conduit à la transformation en beaucoup , du complexe d’ex- ou de néo-colonisé en « Gbagboisme infantile ». Mais il faut noter qu’une grande majorité de ceux qui supportaient LG dans ce combat ne le faisait pas pour la personne de LG, mais par opposition à cette injustice criarde qui se pratiquait ; à cette volonté d’imposer une solution en brandissant la démocratie et la protection des civils pourtant dans le fond ce n’était que du « pipeau » pour parler comme quelqu’un.

Mandela lui-même le disait dans ses mémoires pour justifier l’armement de l’ANC qu’il a du envisage a certain moment de son combat et pour expliquer certains actes terroriste que son parti a posé pendant l’apartheid « c’est toujours l’oppresseur, non l’opprimé qui choisit la forme de la lutte. Si l’oppresseur utilise la violence, l’opprimé n’a pas d’autre choix que de répondre par la violence ». On ne parle pas beaucoup de ça lorsqu’on évoque l’histoire de Mandela, c’est pour cela qu’il a pris l’image du leader parfait, sans erreurs dans nos esprits. Je n’ai pas l’intention de comparer LG à Mandela, mais je le dis simplement pour illustrer le fait que dans un combat quelque fois on est amené à prendre des décisions difficiles qui dans l’absolu ne serait pas bonnes, mais qui en philosophie politique seraient relativement acceptable. Le réalisme politique à pousser LG à utiliser les moyens de luttes qui lui était imposés. Je ne pense pas que la vie des jeunes patriotes qu’il a utilisé en bouclier humains n’avait pas de prix à ses yeux, tout autant que je crois que la vie de tous les partisans de Um Nyobe qui ont été liquidés en 1958 avant que l’armée française ne mette la main sur lui n’avait pas du prix à ses yeux. Il me semble que ce à quoi LG n’a pas pense c’est que l’ONU et la France qui brandissait la protection des civiles comme étant la raison de leur intervention et a qui, on pouvait donc attribuer le crédit d’un grand respect pour la vie, LG disais-je, n’a pas pensé que cette même ONU viendrait bombarder la résidence du président d’un pays avec des centaines de jeunes civils tout autour. Mon analyse est que le cessez le feu qu’il a demandé, la présence du bouclier humain étaient la stratégie de LG pour pousser ses adversaires à la table de négociation. Je suis conforté dans cette position par le fait que les assauts des forces de Ouattara après le cessez le feu ont été repoussés plusieurs fois avec succès par les forces de LG. En considérant que toutes les parties accorderaient du prix à la vie humaine, il n’y avait que 2 issues en ce moment : soit Ouattara négociait, soit ses forces se faisaient battre et c’était terminé. La France et l’ONU ont compris cela assez rapidement, ont mis sur le du camp Gbagbo l’attaque de l’hôtel du golfe et de la résidence de l’ambassadeur français pour se donner une nouvelle raison d’attaquer. Ils ont décidé de verser tout le sang qu’il fallait pour installer Ouattara et ceci n’a contribué qu’à faire grandir la flamme du « gbagboisme ».

Moi je pense que LG avait à faire cette résistance et là, je parle comme une femme cocue et qui sait qu’elle l’est. Elle a beau avoir conscience d’être cocue, mais le jour où elle voie son marie avec l’une de ces filles avec qui il la trompe, elle est révoltée est poussée à l’action. Comme pour dire qu’on a beau avoir conscience d’être sous le joug de la France, mais d’être victime de la manifestation de cette domination en direct, en ayant les moyens de faire quelque chose et ne rien faire me semble défaitiste et propice à l’emprisonnement définitif de l’Afrique. On peut y voir une exagération, mais je dirai même que LG a relativement bien menée sa résistance jusqu'à la dernière minute, certes au prix de beaucoup de vie humaine, mais est-ce évitable dans de telles circonstances ? Combien de personnes sont mortes dans le putsch qui a mené Sankara au pouvoir ?Peut-être pas autant. Combien sont mortes sous le règne de Sékou Toure ?Je pense beaucoup. Je prends l’exemple de ceux qui sont communément accepté comme grand leaders Africains pour dire que même si ça avait été Sankara – l’homme intègre- à la place de LG dans les mêmes circonstances il y aurait eu du sang versé. Certains me diront peut-être que Sankara ne se serait jamais mis dans une telle situation. En cela je suis d’accord et c’est pour cela que sur beaucoup de plan je blâme LG. Il a fait de grosses erreurs dont la première pour moi était même d’aller aux élections malgré l’opposition de son épouse. Peut-être ne supportait –il plus les accusations parfois fondées et parfois pas, qu’on lui faisait de vouloir rester indéfiniment au pouvoir. Il fallait respecter les accords signés, il a reçu toute la pression qu’il fallait pour respecter ses engagements pendant que l’ONUCI et Ouattara ne respectait pas les leurs (désarmement). On a plutôt l’impression que les rebelles on été nouvellement armés. Pour être l’homme de la situation il aurait du respecter ce principe fondamental « do the right thing, for the right reason, at the right time,with the right people for the right results” .Pour moi le bonne chose aurait été de mener son combat en amont de résister et de ne pas aller aux élections, de montrer que les engagements pris dans les multiples accords signés n’étaient pas totalement respectés et de montrer le risques qu’une élection présenterait dans un tel contexte. S’il avait adopté cette attitude on serait sûrement en train de critiquer sa volonté de vouloir rester au pouvoir sans mandat, mais on ne serait pas en même temps en train de dénombrer les cadavres dans les rues des villes ivoiriennes. Mais que ce soit clair, on ne saurait lui attribuer à lui seul la responsabilité de tout le sang versé.

Pour chuter, je dirai que le gbagboisme émotionnel et infantile que nous déplorons n’est en fait qu’un accouchement prématuré par l’esprit de certains, suite à la gestation des idées et des événements vus, entendus et conçus ces derniers mois. Pour positiver un peu , je dirai que toutes ces images, toutes ces idées et toutes ces informations subissent encore leur cycle de gestation dans plusieurs esprits et mon espoir est qu’il puisse en résulter d’autres mots en «isme» comme le patriotisme , le nationalisme qui vont grandir dans la conscience collective africaine vont pousser les jeunes africains à l’engagement politique et aux actions intelligentes qui nous conduiront à l’indépendance totale et la construction durable de nos pays et de notre continent.


Stanislas G. Bianou. Réponse au texte de Patrice Nganang publié dans le quotidien le jour édition N0 921 du mercredi 20 avril 2011.

12:10 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (1)

Commentaires

Je suis tout à fais d'accord, avec votre analyse. Les gens ont torts de négliger ce qui c'est passé en côte-d'Ivoire, Laurent Gbagbo n'est pas le Leader idéal, mais c'est ce qu'il y a de meilleur en ce moment pour l’Afrique, on peut l'envisager comme une preuve de médiocrité pour le continent, et c'est vrai, mais ce n'est qu'un premier pas. Le gbaboisme infantile, émotionnel et réactionnaire,est appelé à devenir plus mature et plus réaliste. A titre de comparaison, de tous les grands humanistes français pas un seul n'est chef d'état. On ne peut pas reprocher à un politicien de prendre des décisions essentiellement politique, l'humanisme c'est le peuple qui dois le manifester en premier. C'est pourquoi, chaque ivoirien est responsable d'avoir jouer le jeu de la Haine.

Écrit par : ngome | 07/05/2011

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