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25/05/2011

Cameroun : 52 activistes enlevés par la police en 5 mois

Leaders de partis politiques ou de la société civile, ils ont été arrêtés par les forces de l’ordre en violation du Code de procédure pénale depuis le début de l’année. Ils ont également été retenus pour quelques heures voir quelques jours, dans des lieux tenus secrets et coupés de tout contact avec leurs proches. Le cas le plus récent d’enlèvement de leaders politiques par des hommes se présentant à eux comme des policiers est celui d’Edith Kah Walla, présidente de Cameroon’s people party (Cpc) et candidate déclarée à la prochaine présidentielle.

La transfuge du Social democratic front (Sdf) a été conduite de force de son hôtel à Yaoundé, le 20 mai dernier par quatre personnes habillées en tenue de ville jusqu’à avant d’être relaxée. La victime et son entourage estiment que cet enlèvement visait à déstabiliser la manifestation qu’ils avaient prévue le même jour pour dénoncer selon eux, l’arbitraire du préfet du Mfoundi. Lequel venait de priver le Cpp de défilé du 20 mai 2011. La courte durée « en détention » de Kah Walla a certainement fait pâlir d’envie Anne Zepop, sa camarade encore retenue dans les geôles du commissariat de Dshang.

Mais aussi Aboubakar Mahamat, Oscar Idrissou et Samir Abdoulaye, tous des militants du Cpp, gardés par les forces de l’ordre dans plusieurs villes de la région de l’Ouest et coupés de tout contact avec leurs proches.

Tout récemment encore, le 20 février 2011, ce sont Abba Aboubakar, président du la Révolution camerounaisedu peuple uni (Rcpu), Bouba Michel, président du Rassemblement républicain et démocratique du Cameroun (Rrdc) Patrick Roy, Nyamsi, Bruno Djibondji, Urbain Essomba, Ndamfoulo et huit autres leaders politiques, syndicaux associatifs qui avaient été enlevés et gardés dans le plus grand secret à la direction de la surveillance du territoire (Dst). Ils y ont été maintenus pendant une demi dizaine de jours sans le moindre contact avec leur famille et privés d’avocats, avant d’être remis à la disposition de la police judiciaire qui les exploitera à son tour en secret pendant une dizaine de jours.

Au cours du séjour à la pj, quelques uns parmi ces leaders politiques seront remis en liberté, alors que d’autres sont traduits devant le procureur de la République pour“ manifestation illégale, incitation à la révolte, et rébellion simple ”. Ces derniers seront finalement relaxés sans abandon de poursuites judiciaires contre eux. Interrogé par Le Messager au sujet de ces enlèvements, le ministre de la Communication niera les faits, et la nouvelle de l’arrestation des leaders.

Mais Issa Tchiroma va se raviser quelques jours après en affirmant sur les ondes de Rfi que que Abba Aboubakar et ses camarades ont été « arrêtés » parce qu’ils sont soupçonnés d’être à l’origine des tracts distribués à Yaoundé, lesquels appellent au départ de Paul Biya avant la date du 24 février 2011. Une thèse que réfute l’épouse de Abba Aboubakar, expliquant que son mari préparait une réunion politique avec d’autres leaders pour la commémoration de la date du 23 février, retenue par l’opposition comme journée « des martyrs décédés pour la libération du Cameroun du joug de Paul Biya, au cours des émeutes de février 2008 ». Après 20 jours de garde à vue à la dst et à la pj, Abba Aboubakar, Bouba Michel et leurs camarades sont remis en liberté.

Activités subversives Presque concomitamment, une demi-dizaine d’hommes politiques est interpellée, cette fois là, dans les règles de l’art, à Douala le 23 février. Ces leaders accompagnaient Jean Michel Nitcheu, Kah Walla, Mboua Massock dans la perspective du lancement de la semaine des martyrs. Ils sont relaxés quelques heures après. Et les tenants de ces manifs sont quant à eux brutalisés et déportés à des dizaines de kilomètres de la capitale économique. Mais, la série d’enlèvements des hommes politiques en cette année 2011 a été ouverte avec les leaders du Rassemblement démocratique pour la modernité du Cameroun (Rdmc).

Le 04 février, alors que ce parti venait de boucler à son siège, sis au quartier Tsinga, une réunion de son bureau régional pour le Centre, 25 de ses militants sont arrêtés par des hommes se présentant en eux comme des policiers. Ils sont aussitôt gardés pendant quelques jours en secret en lieux inconnus de leurs proches et de leurs avocats. René Bonono Bakota, président régional pour le Centre et conseiller spécial de Mila Assouté, Christian Loubou, Secrétaire national à la stratégie, Samuel Bissignol, chargé de mission au Secrétariat national et Guy Tedoh, militant, révèleront après leur relaxe avoir été cuisinés par les éléments de la dst qui leur reprochaient la préparation d’activités subversives. Quant à eux, Martial Bongué et Bruno Ebélè sont retenus pendant le même laps de temps à la direction générale de la recherche extérieure (Dgre).

Le reste, soit 18 personnes, est gardé en salles de sûreté à la brigade de gendarmerie de Nlongkack à Yaoundé. A cette cinquantaine d’enlèvements, il faut peut être ajouter les dizaines de dénonciations qui parviennent au Messager, mais dont la preuve n’est pas administrée. Mais pour les cas avérés, c’est le même mode opératoire qui est employé : des personnes en civil se présentent avec force et autorité à ces opposants. Elles les embarquent sans décliner formellement leur identité. Les auditions qui s’ensuivent tournent autour des manifs illicites ou de projets de manifs illicites sans assistance judiciaire.
© Le Messager : Rodrigue N. TONGUE

12:41 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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