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27/05/2011

Massacres en Côte d’Ivoire: Les démons sont partout

« Ils ont regardé sa carte d’identité et l’ont abattu ». Le moins que l’on puisse dire est que le rapport d’Amnesty International sur les violences perpétrées en Côte d’Ivoire depuis le deuxième tour de l’élection présidentielle le 28 novembre 2010 est à l’image de son titre : poignant ! 6 mois d’enquête auront été nécessaires pour dresser le bilan des exactions commises dans la ville d’Abidjan et dans l’ouest du pays.

Ce rapport dénonce « l’usage excessif de la force » par le camp Gbagbo, notamment à Abidjan, contre des civils (abattus pour leur appartenance à des quartiers pro-Ouattara ou leurs prénoms musulmans), mais aussi les « exécutions systématiques » d’hommes de tous les âges sur la base de leur appartenance ethnique et politique à Duékué par les Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), fidèles à Alassane Ouattara. On le sait bien, il n’y a pas de conflit sans dérapages ni bavures. Il ne faut pas se faire des illusions. Il ne faut pas non plus pousser l’angélisme jusqu’à penser qu’il y a les bons d’un côté et les méchants de l’autre.

La Côte d’Ivoire ne fait pas exception à la règle. Certes, Laurent Gbagbo avec ses escadrons de la mort, ses miliciens, ses mercenaires n’ont pas respecté le droit de la guerre et Dieu seul sait quelles exactions ils ont pu commettre aussi bien à Abidjan qu’à l’intérieur du pays. Mais bien avant la fin des hostilités, il y a eu le scandale de Duékué, l’assassinat d’Ibrahim Coulibaly dit "IB", les joyeusetés à Yopougon, où parfois de simples militants du FPI (parti de Gbagbo) ont été massacrés.

Comme quoi chaque camp traîne ses casseroles et les anges et les démons peuvent se retrouver du même côté. En fait, Amnesty international ne fait que confirmer ce dont on se doutait déjà : il y a eu des dérapages dans les deux camps. Le plus grave, cependant, c’est la passivité des casques bleus de l’ONUCI, qui ne se sont pas contentés d’intervenir directement dans les combats comme on l’a vu dans les derniers jours qui ont précédé la chute de Gbagbo, mais, selon le rapport, auraient également assisté impuissants aux massacres de civils faute d’effectif suffisant.

Jusque-là, ce ne sont que des accusations, mais si cela venait à être confirmé, ce serait une grosse forfaiture de la part de l’ONUCI. Cela rappellerait la tragédie rwandaise en 1994, où les casques bleus et la Force Turquoise ont pratiquement démissionné, facilitant quelque peu le génocide par leur lâcheté, leur laxisme, leur attentisme.

Quoi qu’il en soit, ce rapport montre l’une des tâches ardues qui attendent Alassane Dramane Ouattara dans sa reconstruction de la Côte d’Ivoire, en l’occurrence rendre justice. « Sans justice pour toutes les victimes, quelle que soit leur appartenance politique ou leur groupe ethnique, les appels à la réconciliation risquent de déboucher sur un compromis instable et insatisfaisant qui pourrait faire le lit de violences et de vengeances futures », conclut d’ailleurs Amnesty International.

L’ONG salue à ce titre la demande faite par ADO à la Cour pénale internationale (CPI) d’enquêter en Côte d’Ivoire, de même que la promesse d’une Commission vérité, réconciliation. Maintenant que chacun a des cadavres dans son placard, on imagine bien la difficulté qu’il y aura à punir dans le camp des vainqueurs. Gare à l’effet boomerang, écrivions-nous justement dans notre Grille de lecture du jeudi 19 mai 2011.

De toute évidence, le glaive de la justice fera tomber des têtes d’anges comme de démons ; chose qui ne manquera pas de provoquer des grincements de dents.
© L'Observateur : Hyacinthe Sanou

10:20 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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