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06/06/2011

BURKINA FASO,REPRESSION DE LA MUTINERIE DE BOBO: Faut-il en rire ou en pleurer ?

Après avoir essayé en vain de ramener le calme dans le pays à travers des remaniements au sein du gouvernement et du commandement, le pouvoir de la IVe République burkinabè avait opté pour la poursuite du dialogue. La promptitude avec laquelle le président du Faso, Blaise Compaoré, et son équipe gouvernementale accédaient aux revendications des différents corps avait fini par faire croire que le régime avait trouvé la formule idéale pour juguler la crise.

Mais l’accalmie qui a suivi ces mesures qui se voulaient conciliantes et rassurantes a fait long feu, troublée qu’elle fut par des mutineries intermittentes dans certaines garnisons du pays. Si cette reprise des mouvements de protestation violents par les militaires n’a pas eu de conséquences très fâcheuses dans les villes de Dori, Kaya, Koupéla, Tenkodogo et Dédougou, elle a, par contre, été terrible à Bobo-Dioulasso où d’énormes dégâts ont été constatés.

Visiblement las de voir son autorité bafouée par des hommes de tenue censés défendre et protéger la population sur qui ils commettent des exactions, le pouvoir exécutif a fini par taper du poing sur la table. C’est ainsi qu’il a diligenté une opération commando menée par un groupe lourdement armé qui est parvenu à restaurer la quiétude dans la ville de Sya en désarmant manu militari les mutins. Au-delà des résultats immédiats obtenus, à savoir l’arrestation des militaires qui s’étaient mués en vandales, en pillards et en violeurs, le bien-fondé de cette intervention et ses conséquences ne manquent pas de susciter quelques réflexions.

Faut-il se laisser aller à penser que le régime de Ouagadougou a une dent particulière contre le camp Ouezzin Coulibaly de la capitale économique du pays des Hommes intègres au point d’attendre son tour de mutinerie pour se décider à employer la méthode forte ? Même en admettant qu’une telle hypothèse puisse se vérifier, et en l’absence d’éléments vraisemblables ou crédibles, il serait plus sage d’éviter d’être catégorique dans ce genre d’insinuation. Car le gouvernement burkinabè qui porte, certes, la principale responsabilité dans l’éclatement de la crise, a tellement fait preuve ces derniers temps d’esprit d’ouverture et de concessions multiples, que toute revendication gagnerait à passer avant tout par la table de dialogue qu’il a dressée au début des troubles.

Fallait-il tolérer encore longtemps les fauteurs de troubles qui préfèrent se faire entendre hors de ce cadre républicain par le biais duquel un corps comme l’enseignement, bien que n’ayant pas d’armes, a engrangé des résultats ? Le chef-lieu de la province du Houet semble juste avoir été le cobaye d’une nouvelle stratégie que les dirigeants burkinabè veulent expérimenter après l’échec de sa méthode douce et pacifique. Et nous doutons fort qu’à sa place, un autre gouvernement attende tout naïvement que toutes les casernes du pays se mutinent une seconde fois pour pouvoir justifier l’usage d’une force républicaine qui ne serait en ce moment plus sous ses ordres. En plus d’avoir contribué à prouver aux violents mutins qu’ils n’ont pas le monopole de la force pour pouvoir s’en servir chaque fois pour faire plier l’échine aux autorités, cette intervention musclée sonne comme une mise en garde capable de dissuader d’éventuels candidats à l’anarchie.

Les civils qui paient le plus lourd tribut de ces sorties incontrôlées d’hommes en treillis se sentiront ainsi rassurés, convaincus désormais que ceux à qui ils ont délégué leur pouvoir ont encore du mordant et sont capables d’assurer leur sécurité. Toutefois, le gouvernement doit savoir gérer les conséquences de cette opération. Il faut éviter qu’elle ne suscite une autre raison de grogne au sein de l’armée. N’adoptons cependant pas le même battement d’ailes que les oiseaux de mauvais augure en n’envisageant que le pire dans le dénouement de la nouvelle stratégie du régime du président Compaoré. Reconnaissons donc qu’il serait trop tôt et même risqué de se réjouir ou de s’inquiéter de la répression de la mutinerie bobolaise qui ne doit d’ailleurs pas être le dernier acte du pouvoir de Ouagadougou, en matière d’apaisement de la situation nationale.

Car une résolution efficace de la crise nécessite des solutions appropriées à ses causes que l’on sait profondes. Ainsi, les traitements discriminatoires et inéquitables doivent être bannis de la gestion des ressources humaines au sein de la Grande muette. Et afin de permettre aux soldats de mieux comprendre et s’approprier le bien-fondé de la discipline dans leur corps, un accent particulier doit être mis dorénavant sur le rôle du soldat dans un Etat de droit. En somme, c’est une armée plus républicaine et plus disciplinée qu’il faut travailler à reconstruire afin d’éviter que ceux qui la composent retournent les armes acquises aux frais du contribuable, contre ce dernier. Ainsi, les populations civiles seront épargnées de ces situations comme cet affrontement entre éléments du même corps armé, dont elles ne savent réellement pas s’il faut en rire ou en pleurer.
© Source : Le Pays

17:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

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