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08/06/2011

Le chef de la police new-yorkaise est-il un ami de Sarkozy?

Un journaliste américain, spécialiste de la police, décrit sur son blog les nombreux liens, qui existent entre le chef de l`Etat français et l`un des principaux protagonistes de l`affaire DSK.

Dans l`affaire DSK, les premiers rôles sont joués par l`accusé, la victime, les avocats, le procureur, mais aussi les policiers new-yorkais, et particulièrement leur chef, Ray Kelly.

Or, un journaliste, spécialiste du milieu policier new-yorkais, Leonard Levitt raconte sur son blog, que le même Ray Kelly est proche de Nicolas Sarkozy. De quoi alimenter la théorie, selon laquelle des fuites préjudiciables à DSK seraient organisées en haut lieu.

Leonard Levitt écrit qu`en 2006, le Président français, alors ministre de l`Intérieur, a décoré l`Américain de la légion d`honneur pour sa lutte contre le terrorisme.

Cet ancien responsable des douanes américaines sous Bill Clinton, francophile, a été également invité l`été dernier par le Président à la remise de la légion d`honneur à Alain Bauer, criminologue et expert français des questions de

sécurité. Ce qui fait dire à Leonard Levitt que les relations du chef d`Etat et du commissaire ont "prospéré" depuis 2006, soulignant la tendance de Ray Kelly à accorder des faveurs aux "personnes puissantes et influentes qui sont susceptibles de lui rendre des services".

Il pointe ensuite le manque d`entrain de Ray Kelly à identifier l`origine des fuites concernant l`ancien directeur du FMI, aux conséquences pourtant dévastatrices pour l`accusé, alors qu`il avait déployé des moyens considérables lors de fuites similaires dans l`affaire Imette St. Guillen.

Sur la base de cet article de Leonard Levitt, Bruno Roger-Petit, chroniqueur politique du Nouvel Observateur, s`interrogeait ce matin sur le silence de la presse française à propose de cette amitié. Une connivence décrite comme "éclairante" dans la lecture du traitement de l`affaire DSK.

http://fr.news.yahoo.com/chef-police-new-yorkaise-ami-sarkozy-152716370.html

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Côte d'Ivoire: Koulibaly Mamadou fait le procès du FPI

page qu`il regrette amèrement. En prenant les rênes du parti de l`ex-président, il n`a qu`un seul but: remettre l`appareil en ordre de marche et préparer la présidentielle de 2015.

Jeune Afrique: On vous a peu entendu pendant la crise postélectorale. pourquoi?

Koulibaly Mamadou : Je n`avais pas le choix. Ma présence n`était pas désirée; l`Assemblée nationale ne fonctionnait plus. Mais aujourd`hui, j`ai la lourde responsabilité d`assurer la présidence par intérim du FPI. Cela m`oblige à rassurer les militants, à aider à la libération des cadres du parti qui ont été arrêtés et à faciliter le retour des exilés.

Êtes-vous en contact avec les cadres du parti en exil ?

Oui, notamment avec Kadet Bertin, qui est au Ghana. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est l`un des premiers à avoir reconnu notre défaite et il sou?haite qu`on tourne rapidement la page. J`ai aussi rendu visite à ceux qui sont en résidence surveillée à l`hôtel de La Pergola à Abidjan: Alcide Djédjé, Dano Djédjé, Philippe-Henri Dacoury-Tabley ... Ils reconnaissent Alassane Ouattara comme chef de l`État et me demandent de plaider leur cause auprès de lui. Ils promettent de ne pas perturber son travail. Certains se mettent même à sa disposition.

Avez-vous des nouvelles du couple Gbagbo ?

Non. On ne m`a pas permis de les rencontrer. J`en ai parlé avec Charles Konan Banny, qui préside la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation. Il pré?voit d`aller les voir prochainement et m`a promis de tout faire pour que je puisse leur rendre visite.

A quand remonte votre dernier contact ?

J`ai rencontré Laurent Gbagbo quel?ques jours après le retour de Pascal Affi Nguessan d`Addis-Abeba [rencontre avec le panel des cinq chefs d`État, le 11 mars, NDLR]. Je lui avais conseillé d`accepter le verdict de l`Union africaine.

Laurent Gbagbo a-t-il, selon vous, perdu l`élection présidentielle ?

Il a fini par reconnaître sa défaite. D`ailleurs, le 11 avril, il a demandé à Désiré Tagro [alors secrétaire général de la présidence, NDLR] de sortir avec un mouchoir blanc.

N`était-ce pas plutôt la reconnaissance d`une défaite militaire ?

C`est la continuation du résultat élec?toral. Nous avons dénoncé la fraude, dans le nord du pays. Nous sommes les premiers responsables, car le FPI n`avait pas de représentants dans de nombreux bureaux de vote. Nous avons réalisé une très mauvaise campagne électorale, mal organisée. Il n`y avait pas de stratégie, pas de discours cohérent, et trop de personnes étaient en première ligne, avec des moyens colossaux mais mal utilisés. Certains cadres n`ont pas travaillé; ils ont détourné de l`argent pour acheter notamment des véhicules.

Le pouvoir leur est-il monté à la tête ?

Le problème, c`est l`usure du pouvoir. Lorsque nous étions dans l`opposition, on faisait mieux avec moins de moyens. On rêvait d`une nouvelle Côte d`Ivoire et on déplaçait des montagnes. Dix ans plus tard, nous étions pleins de fric. On disait qu`on voulait ouvrir le marché ivoirien au monde entier mais, dans les faits, on a fait des deals avec les plus grosses entreprises françaises. Alassane Ouattara a proposé une vision plus cohérente.

Sur quelles bases faut-il reconstruire le FPI ?

La priorité, c`est de refaire du FPI un grand parti d`opposition. Cela veut dire qu`il faut dresser un bilan en profondeur, prendre des dispositions institutionnelles, remobiliser les militants et donner des signaux forts aux Ivoiriens, en modifiant complètement notre discours et nos méthodes. Il faut revenir aussi à plus d`humilité et reprendre le travail à la base. Ensuite, on pourra peut-être penser à organiser un grand congrès du parti.

Que pensez des poursuites judiciaires et des sanctions financières engagées contre le camp Gbagbo ?

La justice n`est pas un problème en soi. Si Koulibaly ou d`autres sont coupables, ils méritent de payer pour leurs actes. Mais dans ce cas, il faut enquêter sur tous les crimes de sang et tous les crimes économiques perpétrés depuis.2002. Je crains que l`on ne prépare quelque chose de spé?cial pour Gbagbo et ses compagnons. On peut dire qu`ils ont braqué la
Banque cen?trale des États de l`Afrique de l`Ouest, à Abidjan. Mais les banques ont égale?ment été dévalisées dans la zone nord. Si Ouattara cherche à se venger, il va créer de nouvelles frustrations.

Simone Gbagbo a-t-elle persuadé son époux de s’accrocher au pouvoir ?

Je ne pense pas que quelqu`un puisse influencer Laurent Gbagbo. Il est tou?jours resté maître de ses actes. Mais tous, les militants, les cadres, se demandent pourquoi il s`est à ce point entêté, à la limite de l`irrationnel. Pendant la céré?monie d`investiture de Ouattara, je me suis mis à rêver. Laurent Gbagbo était en train de lui remettre les insignes de la République.

Cette passation aurait ancré la démocratie dans notre pays. Cinq ans plus tard, il avait toutes ses chances pour redevenir président.

Dans quel état d’esprit sont les militants du FPI ?

Ils craignent pour leur sécurité. Je reçois régulièrement des messages de détresse.

En tant que président de l’Assemblée nationale, avez-vous reçu des garanties du président Ouattara ?

Il a promis d`assurer la pérennité des institutions. Mais, dans le même temps, il m`a fait savoir que son conseiller juridique considérait que mon mandat avait pris fin avec l`élection du 28 novembre 2010.

Acceptez-vous que le chef de l’Etat, dont le parti n’a pas de représentants à l’Assemblée nationale, puisse gouverner par ordonnance et par décret jusqu’aux législatives ?

C`est une situation intolérable. Le man?dat des députés expire après l`élection de la nouvelle Assemblée. Le nouveau président a prêté serment et doit respecter la constitution. Il n’a effectivement pas de députés du RDR (Rassemblement des républicains, NDLR), mais ses alliés du RHDP (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, NDLR) occupent la moitié de l’hémicycle.

Se dirige-t-on vers une hyperprésidence ?

C`est mon sentiment. C`est la raison pour laquelle nous n`avions pas intérêt à entrer dans ce gouvernement d`union. Dans ce système, les présidents se sentent obligés d`avoir des "shadow cabinets » pour diriger. Gbagbo n`aurait jamais dû accepter -je le lui avais dit- les accords de Marcoussis, qui sont l`origine de ce mode de gouvernance.

Quel doit être le chantier prioritaire du nouveau président ?

La refonte de l`armée. L`insécurité règne et le phénomène de racket est pire qu`avant. Le président Ouattara a appelé les militaires des deux camps à se considérer désormais comme des frères. Il faut poser des actes qui le montrent vraiment. C`est comme une maison à reconstruire. Nous avons les briques. Encore faut-il qu`elles soient positionnées de manière à ce qu’il y ait des chambres, des toilettes et un salon !

Alassane Ouattara a dit à Nicolas Sarkozy que l’armée française était la bienvenue. Qu’en pensez-vous ?

Nous sommes indépendants depuis plus de cinquante ans. Il n`est pas dans notre intérêt d`entretenir ce type de relation infantilisante. Les accords de défense devront donc être révisés.

Selon vous, quelles sont les priorités économiques de la Côte d’Ivoire ?

L`Etat a quasiment disparu. Il faut redéployer l`administration sur l`ensemble du territoire, mais, pour cela, il faut rétablir la sécurité. On doit aussi faire en sorte qu`il n`y ait plus d`administration parallèle, celle des FN (Forces nouvelles, dans le Nord, NDLR) en l`occurrence. En fait, ce sont les mêmes problèmes qui se posaient à Gbagbo.
© Source : Jeune Afrique du 5 au 11 juin 2011 via Soir Info

16:49 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (0)

Côte d'Ivoire: Koulibaly Mamadou fait le procès du FPI

page qu`il regrette amèrement. En prenant les rênes du parti de l`ex-président, il n`a qu`un seul but: remettre l`appareil en ordre de marche et préparer la présidentielle de 2015.

Jeune Afrique: On vous a peu entendu pendant la crise postélectorale. pourquoi?

Koulibaly Mamadou : Je n`avais pas le choix. Ma présence n`était pas désirée; l`Assemblée nationale ne fonctionnait plus. Mais aujourd`hui, j`ai la lourde responsabilité d`assurer la présidence par intérim du FPI. Cela m`oblige à rassurer les militants, à aider à la libération des cadres du parti qui ont été arrêtés et à faciliter le retour des exilés.

Êtes-vous en contact avec les cadres du parti en exil ?

Oui, notamment avec Kadet Bertin, qui est au Ghana. Aussi surprenant que cela puisse paraître, il est l`un des premiers à avoir reconnu notre défaite et il sou?haite qu`on tourne rapidement la page. J`ai aussi rendu visite à ceux qui sont en résidence surveillée à l`hôtel de La Pergola à Abidjan: Alcide Djédjé, Dano Djédjé, Philippe-Henri Dacoury-Tabley ... Ils reconnaissent Alassane Ouattara comme chef de l`État et me demandent de plaider leur cause auprès de lui. Ils promettent de ne pas perturber son travail. Certains se mettent même à sa disposition.

Avez-vous des nouvelles du couple Gbagbo ?

Non. On ne m`a pas permis de les rencontrer. J`en ai parlé avec Charles Konan Banny, qui préside la Commission Dialogue, Vérité et Réconciliation. Il pré?voit d`aller les voir prochainement et m`a promis de tout faire pour que je puisse leur rendre visite.

A quand remonte votre dernier contact ?

J`ai rencontré Laurent Gbagbo quel?ques jours après le retour de Pascal Affi Nguessan d`Addis-Abeba [rencontre avec le panel des cinq chefs d`État, le 11 mars, NDLR]. Je lui avais conseillé d`accepter le verdict de l`Union africaine.

Laurent Gbagbo a-t-il, selon vous, perdu l`élection présidentielle ?

Il a fini par reconnaître sa défaite. D`ailleurs, le 11 avril, il a demandé à Désiré Tagro [alors secrétaire général de la présidence, NDLR] de sortir avec un mouchoir blanc.

N`était-ce pas plutôt la reconnaissance d`une défaite militaire ?

C`est la continuation du résultat élec?toral. Nous avons dénoncé la fraude, dans le nord du pays. Nous sommes les premiers responsables, car le FPI n`avait pas de représentants dans de nombreux bureaux de vote. Nous avons réalisé une très mauvaise campagne électorale, mal organisée. Il n`y avait pas de stratégie, pas de discours cohérent, et trop de personnes étaient en première ligne, avec des moyens colossaux mais mal utilisés. Certains cadres n`ont pas travaillé; ils ont détourné de l`argent pour acheter notamment des véhicules.

Le pouvoir leur est-il monté à la tête ?

Le problème, c`est l`usure du pouvoir. Lorsque nous étions dans l`opposition, on faisait mieux avec moins de moyens. On rêvait d`une nouvelle Côte d`Ivoire et on déplaçait des montagnes. Dix ans plus tard, nous étions pleins de fric. On disait qu`on voulait ouvrir le marché ivoirien au monde entier mais, dans les faits, on a fait des deals avec les plus grosses entreprises françaises. Alassane Ouattara a proposé une vision plus cohérente.

Sur quelles bases faut-il reconstruire le FPI ?

La priorité, c`est de refaire du FPI un grand parti d`opposition. Cela veut dire qu`il faut dresser un bilan en profondeur, prendre des dispositions institutionnelles, remobiliser les militants et donner des signaux forts aux Ivoiriens, en modifiant complètement notre discours et nos méthodes. Il faut revenir aussi à plus d`humilité et reprendre le travail à la base. Ensuite, on pourra peut-être penser à organiser un grand congrès du parti.

Que pensez des poursuites judiciaires et des sanctions financières engagées contre le camp Gbagbo ?

La justice n`est pas un problème en soi. Si Koulibaly ou d`autres sont coupables, ils méritent de payer pour leurs actes. Mais dans ce cas, il faut enquêter sur tous les crimes de sang et tous les crimes économiques perpétrés depuis.2002. Je crains que l`on ne prépare quelque chose de spé?cial pour Gbagbo et ses compagnons. On peut dire qu`ils ont braqué la
Banque cen?trale des États de l`Afrique de l`Ouest, à Abidjan. Mais les banques ont égale?ment été dévalisées dans la zone nord. Si Ouattara cherche à se venger, il va créer de nouvelles frustrations.

Simone Gbagbo a-t-elle persuadé son époux de s’accrocher au pouvoir ?

Je ne pense pas que quelqu`un puisse influencer Laurent Gbagbo. Il est tou?jours resté maître de ses actes. Mais tous, les militants, les cadres, se demandent pourquoi il s`est à ce point entêté, à la limite de l`irrationnel. Pendant la céré?monie d`investiture de Ouattara, je me suis mis à rêver. Laurent Gbagbo était en train de lui remettre les insignes de la République.

Cette passation aurait ancré la démocratie dans notre pays. Cinq ans plus tard, il avait toutes ses chances pour redevenir président.

Dans quel état d’esprit sont les militants du FPI ?

Ils craignent pour leur sécurité. Je reçois régulièrement des messages de détresse.

En tant que président de l’Assemblée nationale, avez-vous reçu des garanties du président Ouattara ?

Il a promis d`assurer la pérennité des institutions. Mais, dans le même temps, il m`a fait savoir que son conseiller juridique considérait que mon mandat avait pris fin avec l`élection du 28 novembre 2010.

Acceptez-vous que le chef de l’Etat, dont le parti n’a pas de représentants à l’Assemblée nationale, puisse gouverner par ordonnance et par décret jusqu’aux législatives ?

C`est une situation intolérable. Le man?dat des députés expire après l`élection de la nouvelle Assemblée. Le nouveau président a prêté serment et doit respecter la constitution. Il n’a effectivement pas de députés du RDR (Rassemblement des républicains, NDLR), mais ses alliés du RHDP (Rassemblement des houphouétistes pour la démocratie et la paix, NDLR) occupent la moitié de l’hémicycle.

Se dirige-t-on vers une hyperprésidence ?

C`est mon sentiment. C`est la raison pour laquelle nous n`avions pas intérêt à entrer dans ce gouvernement d`union. Dans ce système, les présidents se sentent obligés d`avoir des "shadow cabinets » pour diriger. Gbagbo n`aurait jamais dû accepter -je le lui avais dit- les accords de Marcoussis, qui sont l`origine de ce mode de gouvernance.

Quel doit être le chantier prioritaire du nouveau président ?

La refonte de l`armée. L`insécurité règne et le phénomène de racket est pire qu`avant. Le président Ouattara a appelé les militaires des deux camps à se considérer désormais comme des frères. Il faut poser des actes qui le montrent vraiment. C`est comme une maison à reconstruire. Nous avons les briques. Encore faut-il qu`elles soient positionnées de manière à ce qu’il y ait des chambres, des toilettes et un salon !

Alassane Ouattara a dit à Nicolas Sarkozy que l’armée française était la bienvenue. Qu’en pensez-vous ?

Nous sommes indépendants depuis plus de cinquante ans. Il n`est pas dans notre intérêt d`entretenir ce type de relation infantilisante. Les accords de défense devront donc être révisés.

Selon vous, quelles sont les priorités économiques de la Côte d’Ivoire ?

L`Etat a quasiment disparu. Il faut redéployer l`administration sur l`ensemble du territoire, mais, pour cela, il faut rétablir la sécurité. On doit aussi faire en sorte qu`il n`y ait plus d`administration parallèle, celle des FN (Forces nouvelles, dans le Nord, NDLR) en l`occurrence. En fait, ce sont les mêmes problèmes qui se posaient à Gbagbo.
© Source : Jeune Afrique du 5 au 11 juin 2011 via Soir Info

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07/06/2011

Afrique: Palmarès de dix Présidents qui s’éternisent au pouvoir

«En Afrique, on ne peut pas désigner quelqu’un du doigt en disant qu’il est un ancien chef.» Cette phrase qu’aimait répéter l'Ivoirien Félix Houphouët-Boigny explique que l’alternance politique ne soit pas la valeur la mieux partagée en Afrique. Quand on a du mal à transmettre à ses enfants le sceptre présidentiel, on s’y accroche d’années en décennies. Le Nigérien Mamadou Tandja aura payé de sa réputation cet appétit insatiable. Mais son expérience ne semble guère servir de leçon.

1. Mouammar el-Kadhafi, Libyen, 69 ans. 42 ans au pouvoir

Il prétend échapper aux statistiques puisqu’il n’occupe pas officiellement le poste de Président. Fils de paysan bédouin, ce capitaine autoproclamé colonel est pourtant de facto le dirigeant de la Libye depuis le coup d’Etat du 1er septembre 1969, poste auquel il renonce officiellement en 1977, lorsqu’il transforme son pays en Jamahiriya («Etat des masses»). Fantasque, amateur de chameaux et d’amazones, le guide de la Révolution de la «Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste» espérait devenir le premier chef des Etats-Unis d'Afrique. En 2009, au XIIe sommet de l’Union africaine, à Addis Abeba, il revendiquait, cette fois, le titre de «roi des rois d’Afrique». Kadhafi a vu défiler huit présidents américains. Mais, maintenant, son pouvoir semble menacé…

2. Teodoro Obiang Nguema, Equato-guinéen, 69 ans. 32 ans de pouvoir

Militaire spécialisé dans la conduite des véhicules, il est le neveu de Francisco Macías Nguema qui fut élu, en 1969, président de la République de l’ancienne colonie espagnole. Pistonné, Obiang gravit les échelons de la hiérarchie militaire, jusqu’au titre de vice-ministre des Forces armées populaires de Guinée équatoriale, en 1979. Il en profite pour renverser son oncle (qui sera fusillé), prendre le pouvoir comme président du Conseil militaire suprême avant d'être nommé, en 1982, Président de ce véritable émirat pétrolier. Il sera «élu» en 1989, puis réélu en 1996, en 2002 et en 2009. Score moyen: 98,19% des suffrages exprimés. On prête des pouvoirs exorbitants à sa famille, notamment son épouse et son premier fils, Teodorín. Teodoro Obiang Nguema occupera, jusqu’en janvier 2012, le fauteuil de président en exercice de l'Union africaine.

3. José Eduardo dos Santos, Angolais, 69 ans. 32 ans de pouvoir

Fils d’un tailleur de pierre, militant très tôt contre le joug colonial portugais, Dos Santos est désigné, en 1979, successeur du père de l'indépendance angolaise Agostinho Neto. Sa présidence trentenaire est marquée par la longue guerre civile qui aurait fait 30.000 morts. Tout au long de ces années, il préside le marxiste-léniniste Mouvement populaire de libération de l'Angola (MPLA) et affronte l'Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola (Unita) de Jonas Savimbi. Ce dernier sera tué en 2002. La nouvelle Constitution du pays, adoptée en 2010, ne prévoit plus l'organisation d'élections présidentielles, mais la désignation, comme président de l’Angola, du président du parti arrivé en tête aux élections législatives. Un boulevard pour Eduardo Dos Santos?

4. Robert Mugabe, Zimbabwéen, 87 ans. 31 ans de pouvoir

Même s’il a occupé des postes différents au sommet de l’Etat, on considère qu’il est au pouvoir depuis son accession au poste de Premier ministre en 1980. Il est formellement élu président de la République le 31 décembre 1987. Héros de l’indépendance de l’ancienne Rhodésie du Sud, ancien chef de guérilla, il a progressivement plongé le Zimbabwe dans une dictature ethno-nationaliste et dans la déchéance économique. Son pays était le grenier à blé de l’Afrique. Il a souffert, sous Mugabe, d’une inflation surréaliste et de pénuries alimentaires. S’il a accepté de partager le pouvoir, en 2008, avec l’opposant Morgan Tsvangirai, Robert Mugabe conserve ses prérogatives présidentielles. Il est le plus âgé des chefs d'Etat d'Afrique en exercice.

5. Paul Biya, Camerounais, 78 ans. 29 ans de pouvoir

Fils d’un catéchiste, lui-même destiné à la prêtrise, Paul Biya’a Bi Mvondo se lance rapidement dans la politique. Dès 1962, il devient chargé de mission à la présidence de la République dans le gouvernement du président Ahmadou Ahidjo. Il deviendra Premier ministre, en 1975, avant la démission du chef de l’Etat, en 1982. Biya s’engouffre dans la brèche et devient le second président de la République du Cameroun, le 6 novembre 1982. Les premières élections multipartites se tiennent en 1992. Biya est élu Président en 1997 et en 2004. En 2007, il annonce son intention de modifier la Constitution qui limite alors le mandat présidentiel à deux exercices. Celui qui se fait appeler l’«homme-lion» entend bien se succéder à lui-même en novembre 2011. Il faut dire que «Popol» ne fait pas grand-chose pour s’user. Il a une réputation de «roi fainéant»…

6. Yoweri Museveni, Ougandais, 67 ans. 25 ans de pouvoir

Fils d'un riche propriétaire terrien, il est lui-même considéré, aujourd’hui, comme un millionnaire en dollars. Souvent exilé, au Mozambique ou en Tanzanie, il s’oppose successivement aux présidents ougandais Milton Obote et Idi Amin Dada. Battu aux élections de 1980, Museveni met sur pied l'Armée de résistance nationale, une guérilla qui prend le pouvoir en janvier 1986. D’abord marxiste, il se mue en «bon élève du FMI» et parangon des «new leaders» promus par l’administration américaine, quand bien même il considère le multipartisme comme un concept exclusivement occidental. Il est souvent accusé d’être intervenu —moyennant diamants de Kisangani et or d’Ituri— dans le conflit du Zaïre voisin, aux côtés de Laurent-Désiré Kabila puis de Jean-Pierre Bemba. Après avoir modifié la Constitution, il est réélu président de la République en février 2011. Un groupe de députés de la majorité envisage de réviser encore la Constitution pour allonger le mandat présidentiel de cinq à sept ans…

7. Blaise Compaoré, Burkinabè, 60 ans. 24 ans de pouvoir

L’actuel chef de l’Etat burkinabè prend les armes, en août 1983, pour servir le pouvoir à Thomas Sankara alors emprisonné. Après quatre ans de gestion collective d’un pouvoir révolutionnaire, le président Sankara est assassiné. Le capitaine Compaoré devient le numéro un et décrète la «rectification». Le pays s’ouvre au multipartisme en 1991. Compaoré est élu président du Burkina Faso en 1998, 2005 et 2010. Les bailleurs de fonds apprécient que ce champion de la médiation sous-régionale ne fasse plus de vagues. Le «doyen» de l’Afrique de l’Ouest modifiera-t-il l’article 37 de la Constitution de 1991? Celle-ci stipule qu’il vient d’entamer son dernier mandat…

8. Omar el-Bechir, Soudanais, 67 ans. 22 ans de pouvoir

Omar Hassan el-Bechir est un militaire pur jus. Il sert dans l'armée égyptienne pendant la guerre du Kippour, en 1973, conduit, à son retour, des opérations militaires contre l'Armée de libération du Soudan au sud du pays, devient général dans les années 1980 et mène le coup d'Etat militaire de 1989 qui renverse le Premier ministre élu Sadeq al-Mahdi. Il dissout tous les partis politiques, ainsi que le Parlement, et prend la tête du Conseil du commandement révolutionnaire pour le salut national. Il devient tout à la fois chef de l'État, Premier ministre, chef des forces armées et ministre de la Défense. Il passera les années 2000 à négocier avec les sécessionnistes du Sud du pays et à jouer un rôle plus qu’ambigu dans la guerre civile au Darfour. Réélu président en 2010, l’ancien chef de guerre el-Béchir souffle toujours le chaud et le froid, depuis le résultat du référendum qui prévoit l'indépendance du Sud-Soudan. Une épée de Damoclès plane sur sa tête: il est le premier chef d'Etat en exercice à être sous le coup d'un mandat d’arrêt international de la Cour pénale internationale pour crime de guerre, crime contre l'humanité et génocide dans le cadre de la guerre civile au Darfour.

9. Idriss Déby Itno, Tchadien, 59 ans. 21 ans de pouvoir

C’est avec l'appui de la France et du Soudan qu’Idriss Déby, le 2 décembre 1990, chasse du pouvoir Hissène Habré. Quelques années plus tôt, Déby était pourtant le commandant en chef des Forces armées d’un président Habré qu’il avait aidé à gravir les échelons du pouvoir suprême. Il devient officiellement président de la République du Tchad le 28 février 1991, après adoption d’une Charte nationale. Si Idriss Déby a instauré le multipartisme tant vanté depuis le sommet de La Baule (France), il serait aussi responsable de violations des droits de l'Homme et de détournement, à des fins militaires, du fonds spécial alimenté par les nouveaux revenus du pétrole et destiné aux «générations futures». Son gouvernement vacille sans cesse, mais ne tombe pas…

10. Issayas Afewerki, Erythréen, 65 ans. 18 ans de pouvoir

S’il n’est que dixième dans ce top ten, Issayas Afewerki peut tout de même revendiquer un record: il a été l’unique chef d’Etat de l'Erythrée indépendante. Son pays n’a obtenu qu’en mai 1993 sa pleine souveraineté vis-à-vis de l’Ethiopie à laquelle il était fédéré depuis la colonisation italienne. L’ingénieur marxiste Afewerki lutte, des années durant, dans le Front de libération de l'Erythrée (FLE) puis dans le Front populaire de libération de l'Erythrée (FPLE), à dominante chrétienne, alors que le FLE était plutôt musulman. Au pouvoir, Issayas Afewerki instaure un régime à parti unique, sans élections, s’appuie sur une économie centralisée, restreint la liberté de la presse, emprisonne les contestataires et fait preuve d’un interventionnisme dangereux dans la corne de l’Afrique…

Hors catégorie dans ce palmarès, mention spéciale à Denis Sassou-Nguesso (Congolais, 68 ans). S’il n’a pas réussi à se maintenir quinze ans de suite au pouvoir, «Sassou» est parvenu à effectuer deux «tranches». Il a été président de la République populaire du Congo de 1979 à 1992 et il est, depuis 1997, le président en exercice de la République du Congo. Il totalise donc, au total, vingt-sept ans sur un fauteuil suprême entre-temps occupé par Pascal Lissouba…
© slateafrique.com : Damien Glez

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06/06/2011

BURKINA FASO,REPRESSION DE LA MUTINERIE DE BOBO: Faut-il en rire ou en pleurer ?

Après avoir essayé en vain de ramener le calme dans le pays à travers des remaniements au sein du gouvernement et du commandement, le pouvoir de la IVe République burkinabè avait opté pour la poursuite du dialogue. La promptitude avec laquelle le président du Faso, Blaise Compaoré, et son équipe gouvernementale accédaient aux revendications des différents corps avait fini par faire croire que le régime avait trouvé la formule idéale pour juguler la crise.

Mais l’accalmie qui a suivi ces mesures qui se voulaient conciliantes et rassurantes a fait long feu, troublée qu’elle fut par des mutineries intermittentes dans certaines garnisons du pays. Si cette reprise des mouvements de protestation violents par les militaires n’a pas eu de conséquences très fâcheuses dans les villes de Dori, Kaya, Koupéla, Tenkodogo et Dédougou, elle a, par contre, été terrible à Bobo-Dioulasso où d’énormes dégâts ont été constatés.

Visiblement las de voir son autorité bafouée par des hommes de tenue censés défendre et protéger la population sur qui ils commettent des exactions, le pouvoir exécutif a fini par taper du poing sur la table. C’est ainsi qu’il a diligenté une opération commando menée par un groupe lourdement armé qui est parvenu à restaurer la quiétude dans la ville de Sya en désarmant manu militari les mutins. Au-delà des résultats immédiats obtenus, à savoir l’arrestation des militaires qui s’étaient mués en vandales, en pillards et en violeurs, le bien-fondé de cette intervention et ses conséquences ne manquent pas de susciter quelques réflexions.

Faut-il se laisser aller à penser que le régime de Ouagadougou a une dent particulière contre le camp Ouezzin Coulibaly de la capitale économique du pays des Hommes intègres au point d’attendre son tour de mutinerie pour se décider à employer la méthode forte ? Même en admettant qu’une telle hypothèse puisse se vérifier, et en l’absence d’éléments vraisemblables ou crédibles, il serait plus sage d’éviter d’être catégorique dans ce genre d’insinuation. Car le gouvernement burkinabè qui porte, certes, la principale responsabilité dans l’éclatement de la crise, a tellement fait preuve ces derniers temps d’esprit d’ouverture et de concessions multiples, que toute revendication gagnerait à passer avant tout par la table de dialogue qu’il a dressée au début des troubles.

Fallait-il tolérer encore longtemps les fauteurs de troubles qui préfèrent se faire entendre hors de ce cadre républicain par le biais duquel un corps comme l’enseignement, bien que n’ayant pas d’armes, a engrangé des résultats ? Le chef-lieu de la province du Houet semble juste avoir été le cobaye d’une nouvelle stratégie que les dirigeants burkinabè veulent expérimenter après l’échec de sa méthode douce et pacifique. Et nous doutons fort qu’à sa place, un autre gouvernement attende tout naïvement que toutes les casernes du pays se mutinent une seconde fois pour pouvoir justifier l’usage d’une force républicaine qui ne serait en ce moment plus sous ses ordres. En plus d’avoir contribué à prouver aux violents mutins qu’ils n’ont pas le monopole de la force pour pouvoir s’en servir chaque fois pour faire plier l’échine aux autorités, cette intervention musclée sonne comme une mise en garde capable de dissuader d’éventuels candidats à l’anarchie.

Les civils qui paient le plus lourd tribut de ces sorties incontrôlées d’hommes en treillis se sentiront ainsi rassurés, convaincus désormais que ceux à qui ils ont délégué leur pouvoir ont encore du mordant et sont capables d’assurer leur sécurité. Toutefois, le gouvernement doit savoir gérer les conséquences de cette opération. Il faut éviter qu’elle ne suscite une autre raison de grogne au sein de l’armée. N’adoptons cependant pas le même battement d’ailes que les oiseaux de mauvais augure en n’envisageant que le pire dans le dénouement de la nouvelle stratégie du régime du président Compaoré. Reconnaissons donc qu’il serait trop tôt et même risqué de se réjouir ou de s’inquiéter de la répression de la mutinerie bobolaise qui ne doit d’ailleurs pas être le dernier acte du pouvoir de Ouagadougou, en matière d’apaisement de la situation nationale.

Car une résolution efficace de la crise nécessite des solutions appropriées à ses causes que l’on sait profondes. Ainsi, les traitements discriminatoires et inéquitables doivent être bannis de la gestion des ressources humaines au sein de la Grande muette. Et afin de permettre aux soldats de mieux comprendre et s’approprier le bien-fondé de la discipline dans leur corps, un accent particulier doit être mis dorénavant sur le rôle du soldat dans un Etat de droit. En somme, c’est une armée plus républicaine et plus disciplinée qu’il faut travailler à reconstruire afin d’éviter que ceux qui la composent retournent les armes acquises aux frais du contribuable, contre ce dernier. Ainsi, les populations civiles seront épargnées de ces situations comme cet affrontement entre éléments du même corps armé, dont elles ne savent réellement pas s’il faut en rire ou en pleurer.
© Source : Le Pays

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Cameroun-Sénégal : Quatre morts après le match

A cause d’un penalty manqué de Samuel Eto’o, les Lions indomptables n’ont pas pu faire la différence face à ceux de la Teranga samedi dernier à Yaoundé.

Comme le 08 octobre 2005, c’est à cause d’une balle arrêtée ; notamment un coup de pied de réparation, que les Lions indomptables ne prendront pas part à la phase finale d’une compétition internationale. Si dans le premier cas, il s’agissait de la coupe du monde 2006, en Allemagne; le second, celui qui s’est déroulé il y a deux jours au stade Ahmadou Ahidjo, était relatif à la Coupe d’Afrique des Nations (Can) 2012, Gabon-Guinée équatoriale.
Dans un stade quasiment plein, le tir de Samuel Eto’o Fils, le capitaine des Lions indomptables, qui intervient aux arrêts de jeu, a terminé sa course sur le poteau. «C’est d’ailleurs le seul penalty que j’ai manqué cette saison.

Les dieux du football n’étaient pas avec nous », a-t-il notamment déclaré au cours de la conférence de presse d’après-match samedi dernier. Quelques minutes plus tôt, ses coéquipiers et lui venaient d’enregistrer un match nul (0-0) face aux Lions de la Teranga. Pourtant, ce résultat final est loin de représenter la physionomie de cette rencontre capitale pour les Lions indomptables. En effet, les poulains de Javier Clemente ont enregistré le plus grand nombre d’occasions de buts par rapport à leurs adversaires. Il y a notamment, à la 30e mn, le tir croisé d’Eric Maxim Choupo Moting, repoussé par le gardien de buts sénégalais, Bouna Coumdoul, qui a été décisif dans le score des Lions de la Teranga.

Ou encore, à la 44emn, la balle de Samuel Eto’o Fils sur une passe de Benjamin Moukandjo termine sa course dans les bras du goalkeeper sénégalais. Sans oublier à la 48emn, le ballon de Vincent Aboubakar, saisi deux fois par Bouna Coumdoul. Idem à la 70emn, en voulant jouer facile, le tir de Samuel Eto’o termine sa course dans les bras du «bourreau» des poulains de Javier Clemente. Par ailleurs, aucune balle arrêtée n’a été transformée. Les efforts de Landry Nguemo, devenu le temps de cette rencontre, le spécialiste des corners ont été vains. Si, l’attaque a été vaine, la défense a fait preuve d’une efficacité remarquable.

D’ailleurs, Moussa Sow, Papiss Demba Cissé ont été neutralisés par la défense composée de Nicolas Nkoulou, Gaétan Bong et Stéphane Mbia. Alors que ses joueurs sont dominés, le coach sénégalais Amara traoré sera expulsé de la main courante. «Je n’ai rien fait de spécial. J’ai juste tapé sur la bouteille d’eau qui se trouvait devant moi, ce qui m’a valu cette expulsion», a-t-il relaté en souriant. Grâce à ce match nul, les Lions de la Téranga occupent toujours la position de leader du groupe E avec 10 points. A la deuxième place, on retrouve la République démocratique du Congo (Rdc), qui a dominé l’Ile Maurice hier après-midi sur le score de 2 buts à 1, avec 7 points.
Et à la troisième position, le Cameroun, qui en compte deux de moins. Alors qu’ils n’envisageaient pas cette issue pendant le regroupement ayant précédé le match de samedi dernier, Samuel Eto’o Fils et ses coéquipiers commencent à réaliser que l’aventure d’une Can 2012 est en train de s’éloigner d’eux au


Priscille G. Moadougou


Bilan : Un match nul et quatre morts

C’est le sombre tableau qui a émaillé les échauffourées entre la foule et les forces de l’ordre.

La cuvée de Mfandena est quadrillée par une ceinture de sécurité des forces de l’ordre. Le central angolais, Martins De Carvalho vient de siffler la fin de rencontre Cameroun # Sénégal, qui s’est achevée sur le score nul (0-0). La police anti-émeute, le bataillon d’intervention rapide, sans oublier les sapeurs pompiers sillonnent les alentours du stade. Des jets d’eau sont déversés par les camions spécialisés de la police, souvent appelés «Abraham» sur le public pour le disperser. Cailloux, bouteilles cassables et jetables, et plusieurs autres outils sont utilisés par des différents groupes de jeunes, en colère. Le bus devant transporter les la sélection nationale est immobilisé sous le hall du stade. «Ils ont [Lions Indomptables] décidé de nous souiller, pourquoi est-ce qu’ils ne peuvent plus sortir du stade comme ils sont entrés !».

Pour tromper la vigilance de cette foule en furie, les Lions indomptables seront installés dans les véhicules des forces de l’ordre. Le subterfuge sera d’ailleurs découvert par la foule. Celle-ci n’hésitera pas à lancer cailloux, tessons de bouteilles sur ces voitures. Malgré le dispositif intimidant mis sur pied, rien n’y fait. Couchés le long de celles-ci, comme le raconte Linus Pascal Fouda, le Team Press Officer des Lions indomptables, les joueurs ont eu de sueurs froides. Selon lui, Eric Maxim Choupo Moting a d’ailleurs été traumatisé par la réaction de la foule. Peu avant la sortie du stade des Camerounais, l’un des véhicules du cortège des Sénégalais a été attaqué. Résultat des courses, deux journalistes sénégalais ont été légèrement blessés comme l’a reconnu Ndeye Dome Diouf, le Team Press Officer des Lions de la Teranga.

Les supporters d’il y a quelques minutes veulent désormais en découdre avec les Lions indomptables. La foule téméraire s`en prend aux passants en lançant des pierres sur des véhicules en circulation. L`une des victimes témoigne «Je suis monté dans la voiture avec mon ami ; nous étions cernés ensuite par des jeunes qui ont lancé des cailloux sur nous. Mon ami a reçu un violent coup sur la tête, et une passagère aussi a été blessée.» Ils ont été conduits aux urgences de l`hôpital central. L’un des passagers précise : «j’ai eu la vie sauve parce que je me trouvais à l`arrière de la voiture, assis entre les deux blessés». Dans cette ambiance de chaos, et de sources proches des sapeurs pompiers, quatre personnes trouveront la mort. Une information confirmée par Linus Pascal Fouda, le Team press officer, qui sortait hier d’une réunion stratégique de sécurité faisant le bilan des événements.
Les «casseurs» visaient aussi tous ceux qui portaient les maillots au dossard 9 de Samuel Eto’o. Face à cette chasse aux Eto’o, de nombreux fans se débarrassaient de leur maillot. C’est certainement pour cela que les discothèques dont le capitaine des Lions indomptables est propriétaire, notamment le Katios et la Sanza, n’ont pas ouvert dans la nuit de samedi à dimanche dernier.

P. G. M. et Guy Hyacinthe Owona

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31/05/2011

Côte d'Ivoire : le rapport caché de l'ONU

L'ONU a longtemps retardé la publication d'un rapport d'enquête sur la Côte d'Ivoire. S'il avait été publié avant la présidentielle, il aurait sérieusement ébranlé les prévisions les plus optimistes.

Pendant sept mois, un rapport des Nations unies qui éclaire d’un jour nouveau la crise que vient de connaître la Côte d’Ivoire a dormi dans les tiroirs. L’ONU, qui en avait retardé la publication, vient finalement de le faire quasiment en catimini. S’il avait été publié avant la présidentielle, il aurait sinon entraîné son report, au moins sérieusement ébranlé les prévisions les plus optimistes quant à l’issue du second tour du 28 novembre 2010.

Le 17 septembre 2010, les cinq experts désignés pour enquêter sur les violations éventuelles des embargos sur les armes et sur le trafic de matières premières envoient une première lettre à Maria Luiza Ribeiro Viotti, la présidente du Comité des sanctions des Nations unies pour la Côte d’Ivoire, mis en place par la résolution 1572 (en 2004) du Conseil de sécurité. La lettre précède leur rapport, qui aurait dû être publié quelques semaines plus tard. Il ne l’a finalement été que sept mois plus tard, accompagné d’une lettre datée du 20 avril 2011, signée de Maria Luiza Ribeiro Viotti, adressée au président du Conseil de sécurité des Nations unies.

Le groupe précise qu’il a démarré son travail le 12 janvier 2010 et a maintenu une présence continue en Côte d’Ivoire où il a mené des enquêtes dans toutes les régions et auprès de différents pays ayant un lien avec la situation en Côte d’Ivoire. Il ajoute qu’il rend là son rapport final qui dresse un état des lieux accablant de la situation en Côte d’Ivoire quelques semaines avant le premier tour de l’élection la plus cruciale de son histoire.

D’emblée les experts font un constat qui a de quoi faire réfléchir:

«Les parties au conflit ont constamment invoqué les dispositions de l’Accord politique de Ouagadougou [signé en mars 2007 entre le camp Gbagbo et les ex-rebelles des Forces nouvelles, ndlr] pour entretenir le mythe de la marche vers la réunification de la Côte d’Ivoire. Le gouvernement ivoirien, les Forces nouvelles et les partis d’opposition n’aspirent pas à la réunification. La division du pays arrange tellement certains acteurs et préoccupe si peu les autres que la réunification ne peut être aujourd’hui un objectif politique partagé.»

Et ils concluent à ce propos: «Le redéploiement de l’administration civile, le désarmement, le cantonnement des forces, les contrôles douaniers et la réunification elle-même existent sur le papier et ont fait l’objet de nombreuses cérémonies mais ne se concrétisent pas pour autant. […] Ce qui est clair, c’est que la réunification est aujourd’hui une abstraction.»

Autrement dit, à lire les experts, tous les discours lénifiants sur la réalité de la réunification de la Côte d’Ivoire coupée en deux depuis le début de la rébellion le 19 septembre 2002 ne reflètent en rien la réalité.
Les deux camps se réarmaient

Deuxième enseignement clé du rapport du groupe d’experts de l’ONU: courant 2010, le camp Gbagbo comme les ex-Forces nouvelles n’ont cessé de se réarmer et «ni le gouvernement, ni les Forces nouvelles n’ont coopéré pleinement avec le groupe d’experts», précisent-ils. Le rapport explique en détail comment les deux parties ont refusé systématiquement les inspections de sites stratégiques, notamment le camp de la garde républicaine et les sites présidentiels, pour le camp Gbagbo. Idem pour les «complexes résidentiels», en réalité des camps militaires, des Forces nouvelles.

La situation est telle, au moment où ils enquêtent, que les experts recommandent des sanctions contre le ministre de la Défense de l’époque, Michel Amani Nguessan (pro-Gbagbo), mais aussi contre deux commandants de zone, membres des ex-Forces nouvelles: Losseni Fofana, commandant de la zone de Man, dans l’Ouest du pays, et Issakia Ouattara dit Wattao, commandant de la zone de Séguéla dans le Nord, qui sera un acteur clé de l’offensive contre Laurent Gbagbo quelques mois plus tard.

Les experts mettent en cause, en outre, l’exploitation illégale des ressources naturelles dans les zones que contrôlent ces deux «com'zone» et leur utilisation potentielle pour l’achat d'armes:

«Les commandants susmentionnés disposent de recettes non comptabilisées provenant des ressources naturelles, recettes qui peuvent fort bien être détournées pour acquérir des armes et du matériel connexe en violation du régime de sanctions.»

Les experts signalent aussi que les deux camps ont importé du matériel militaire. D'après le rapport, pour le camp Gbagbo il s'agissait essentiellement de véhicules blindés de transport de troupes, de pistolets et de matériel anti-émeutes, tandis que le gouvernement ivoirien a bénéficié d’une assistance militaire pour remettre en état un hélicoptère de combat MI-24. Pas de trace, en revanche, dans le rapport, des nombreuses armes lourdes découvertes à la chute de Laurent Gbagbo.

Côte Forces nouvelles, le constat est plus clair:

«Le Groupe d’experts et l’Onuci [Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire, ndlr] continuent d’observer un certain nombre d’armes lourdes déployées par des unités des Forces nouvelles qui n’ont pas été présentées aux fins d’inspection. L’origine de ces armes n’est pas clairement définie.»

Le rapport ajoute que «certains commandants de zone des Forces nouvelles s’efforcent de rééquiper leurs effectifs». Le précédent groupe d’experts, qui avait enquêté en 2009, avait découvert un grand nombre de fusils d’assaut «dont les numéros de série avaient été effacés par meulage de manière identique». Il avait toutefois noté que «des armes sans numéro de série des Forces nouvelles étaient entrées en provenance du territoire du Burkina Faso».

En 2010, le groupe d’experts a découvert plusieurs lots d’armes et de munitions aux mains des Forces nouvelles ayant transité par le Burkina Faso, notamment des fusils d'assaut AKMS en provenance de Pologne.

Les experts révèlent aussi avoir «appris que la société A.D. Consultants (Israël) avait licitement transféré au Burkina Faso, le 13 décembre 2005, la partie du lot revenant à Yugoimport, soit au total 350.000 cartouches». Ils précisent avoir écrit aux autorités du Burkina Faso pour les informer de la découverte en Côte d’Ivoire de munitions utilisées par la police et les forces militaires burkinabè:

«Le gouvernement burkinabè a répondu le 16 juin 2010 que "des" munitions 9x19 mm avaient été perdues durant des combats entre les militaires et la police et au cours de mutineries des forces militaires en décembre 2006. Il a également fourni une liste des armes et des munitions qui auraient été perdues à cette occasion.»

A la fin de sa réponse, le Burkina Faso déclarait:

«Il convient de rappeler que la porosité des frontières, doublée de l’accroissement du phénomène du banditisme, ont pu permettre la circulation desdits matériels hors du territoire national.»

Le groupe conclut en précisant qu’il «continue de penser que les munitions sont entrées dans le nord de la Côte d’Ivoire à partir du territoire burkinabè et ont été ensuite transférées à une partie civile dans le sud du pays».

Les experts terminent avec un constat qui aurait fait couler beaucoup d'encre si le rapport avait été publié avant la présidentielle:

«Depuis 2009, un certain nombre d’unités des Forces nouvelles stationnées à Korhogo, Man et Séguéla ont été visiblement rééquipées et ont reçu du matériel militaire et des uniformes neufs. Certaines semblent même être mieux habillées et mieux équipées que l’armée régulière ivoirienne.»

Détournement des ressources naturelles

Le groupe d’experts fait un état des lieux peu reluisant de l’utilisation des ressources naturelles par les deux camps entre janvier et septembre 2010.

Le Groupe note «qu’une cinquantaine d’organismes gouvernementaux opérant dans divers secteurs économiques gèrent actuellement des recettes parafiscales qui ne sont pas comptabilisées dans le budget officiel de l’Etat».

Les experts s’inquiètent de l’opacité de la gestion du Comité de gestion de la filière cacao-café:

«Rien n’empêche le gouvernement de détourner des fonds pour acheter des armes et du matériel connexe. Le Groupe rappelle à cet égard que les recettes provenant du cacao ont déjà été utilisées à cette fin», précisent-ils.

Même opacité, ajoutent-ils, pour ce qui concerne les recettes du gouvernement ivoirien provenant de l’exploitation du pétrole. Elles ne sont pas «comptabilisées et pourraient être détournées afin d’acheter des armes et du matériel connexe».

D’après le groupe, les grandes sociétés multinationales ont été peu coopératives:

«Le Groupe a envoyé six lettres à des compagnies pétrolières opérant en Côte d’Ivoire: quatre n’ont pas répondu et deux ont envoyé des réponses incomplètes ou s’écartant du sujet.»

En ce qui concerne la zone contrôlée par les Forces nouvelles, les experts onusiens dressent un état des lieux sans concessions. Ils expliquent notamment que, dans la zone Nord, les exportations de cacao produites autour des villes de Man, Séguela et Vavoua se sont poursuivies et ont continué à être achetées par dix sociétés multinationales. La marchandise transitait par le Burkina Faso et était achetée et exportée au port maritime de Lomé, au Togo.

Selon les experts, «au moins 10% des fonds versés à Lomé par les multinationales» bénéficiaient «directement aux commandants de zone des Forces nouvelles».

«Le Groupe estime qu’au moins 6 des 10 commandants de zone perçoivent des recettes provenant de la taxation du commerce du cacao, qui ont augmenté à la suite de la hausse du cours international durant les dernières années. Aucun de ces commandants n’a accepté de montrer ses comptes au Groupe d’experts.»

Les experts estimaient que les recettes tirées par les Forces nouvelles de la taxation du cacao représentaient un chiffre situé entre 22 et 38 millions de dollars (15 à 27 millions d'euros) par an qui n’était pratiquement pas comptabilisé dans le budget.

Et manifestement ces exportations de cacao arrangeaient tout particulièrement le Burkina Faso, puisque «pour chaque camion de 40 tonnes une taxe d’environ 6,4 millions de francs CFA [environ 8.700 euros], soit à peu près 1% de la valeur de l’expédition» était prélevée par la douane.

Concernant les ressources minières, le Groupe estime que le nord de la Côte d’Ivoire produit et exporte chaque année des diamants bruts représentant entre 500.000 et 1 million de carats. Le commerce de ces diamants rapporte entre 145 et 290 millions de dollars (100 à 200 millions d'euros) par an, somme sur laquelle les commandants de la zone 5 (Séguéla), Ouattara Issiaka dit Wattao, et de la zone 10 (Korhogo, Tortiya), Martin Kouakou Fofié, prélèveraient, selon le Groupe, des taxes à hauteur d’au moins 8%, soit entre 11,6 et 23,2 millions de dollars par an. «L’utilisation qui est faite des recettes provenant des diamants est totalement opaque et le Groupe ne peut exclure que les Forces nouvelles y aient recours pour acheter des armes, en violation de l’embargo», dit le rapport.

Selon l’enquête des experts, la Côte d’Ivoire aurait produit environ sept tonnes d’or brut en 2009, pour l’essentiel dans le sud du pays.

«Sachant que les revenus générés par la production aurifère sont estimés à 448 millions de dollars par an et que le budget fait officiellement état d’à peine 600.000 dollars […], on peut penser que le gouvernement s’est constitué d’importantes recettes parafiscales issues de l’exploitation de l’or, d’où le risque que ces fonds ne soient détournés pour servir à acheter des armes. Les Forces nouvelles prélèvent des taxes sur l’extraction de l’or […], mais n’ont laissé filtrer aucune information d’ordre budgétaire.»

Sanctions individuelles

Parmi les autres enseignements de ce rapport, on apprend, sans surprise, que les experts recommandaient le maintien des sanctions contre Charles Blé Goudé, leader des Jeunes patriotes pro-Gbagbo, en raison de «déclarations publiques répétées préconisant la violence contre les installations et le personnel des Nations unies, et contre les étrangers; direction et participation à des actes de violence commis par des milices de rue, y compris des voies de fait, des viols et des exécutions extrajudiciaires; intimidation du personnel de l’ONU, du Groupe de travail international (GTI), de l’opposition politique et de la presse indépendante; sabotage des stations de radio internationales; obstacle à l’action du GTI, de l’Opération des Nations unies en Côte d’Ivoire et des forces françaises et au processus de paix tel que défini par la résolution 1643 (2005)».

Les experts proposaient également le maintien des sanctions contre un autre leader de la galaxie patriotique, Eugène N’goran Kouadio Djué, et contre l’un des commandants de zone des Forces nouvelles, Martin Kouakou Fofié. Ce qui n’est pas le moindre des paradoxes lorsqu’on sait que c’est sous sa garde que se trouve actuellement le président ivoirien déchu Laurent Gbagbo. Le rapport le décrit ainsi:

«Caporal-chef, commandant des Forces nouvelles pour le secteur de Korhogo. Les forces sous son commandement se sont livrées au recrutement d’enfants soldats, à des enlèvements, à l’imposition du travail forcé, à des sévices sexuels sur les femmes, à des arrestations arbitraires et à des exécutions extrajudiciaires, en violation des conventions relatives aux droits de l’homme et du droit international humanitaire; obstacle à l’action du GTI, de l’Onuci et des forces françaises et au processus de paix tel que défini par la résolution 1643 (2005).»

Aucune raison officielle n’a été avancée pour expliquer pourquoi ce rapport n’a été publié que plus de sept mois après avoir été transmis officiellement au président du Comité des sanctions. Il ne fait aucun doute en tous cas que ses conclusions dérangeaient. La date de sa transmission –le 20 avril, soit après la chute de Laurent Gbagbo– est, à elle seule, tout un symbole. Il est, quoi qu’il en soit, clair que s’il avait été rendu public à la veille de la présidentielle, il aurait donné des arguments à ceux pour qui les conditions d’une élection paisible et transparente n’étaient pas réunies.
© slateafrique.com : Jérémie Ncubé

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